Le hockey, un monde au féminin

Cette fois, ça y est, l’été est fini. Le hockey sur glace est enfin de retour! À nous les patinoires, le froid et le thé-rhum pour se réchauffer. Ça, c’est quand on est spectateur. Pour la joueuse que je suis, cette saison 2013-2014 commence surtout sous le signe de la féminité. Florence Schelling, gardienne de l’équipe de Suisse, va défendre la cage de Bülach, club de 1re Ligue masculine de la banlieue zurichoise. Une nouvelle qui ne peut que réjouir les quelque huit cents femmes qui ont renoncé aux pointes au bout de leurs patins.

Quand j’ai commencé le hockey à l’âge de 15 ans, mes coéquipières et moi étions une espèce d’extra-terrestres. Il n’y avait même pas vingt équipes à travers le pays qui permettaient aux demoiselles de pratiquer leur sport favori. Les remarques et quolibets étaient tellement courants que nous ne les entendions même plus.

Au fil des années, le regard a changé. Ici, dans notre patinoire, nous faisons désormais partie des meubles. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a plus de travail. Le mouvement junior peine toujours à accepter les petites filles, qui sont contraintes d’aller jouer dans les clubs alentour. Qui eux n’ont pas d’équipe féminine. Logique. Or, pour assurer notre pérennité, il faut de la relève. Il y a toujours des adolescentes ou des jeunes femmes motivées, mais quand on commence la pratique d’un sport à 18 ou 20 ans, la progression reste limitée.

Le HCC féminin saison 2013 - 2014. ©Henry Photo Presse

Le HCC féminin saison 2013 — 2014                 ©Henry Photo Presse

Et dans les autres patinoires, ce n’est pas gagné. Il y a deux ou trois ans, nous avons débarqué avec armes et bagages à Fribourg. Quinze gonzesses avec un énorme sac sur le dos, et une ou deux cannes chacune. À la recherche du vestiaire, un homme de piste très serviable nous indique que nous nous sommes trompées d’endroits, que Saint-Léonard accueille un autre match et qu’il faut nous diriger vers la petite patinoire. Ce que nous faisons. Pour découvrir tout un troupeau de bambinis prêts à en découdre dans un tournoi.

La seule explication à cette histoire, c’est que le brave homme a vu en nous un groupe de mamans qui accompagnaient leur progéniture. Apparemment, l’absence de tout enfant dans le groupe ne l’a pas troublé. Ni le fait que nous portions chacune un sac de hockey de taille adulte. À moins qu’il n’ait imaginé que nous transportions les enfants DANS les sacs. Tout ça pour dire que femme et hockeyeuse, ce n’est pas encore une évidence.

Alors, voir Florence Schelling dans une équipe de 1re Ligue, une fille jolie comme un cœur, féminine et talentueuse, ça ne peut que me réjouir. Si elle y est arrivée, c’est aussi grâce à nous, futures retraitées d’un sport qu’on adore, et qui avons ouvert la porte à la génération suivante. En espérant que le succès d’une gardienne exceptionnelle ouvre la voie à d’autres demoiselles, et que ce brin de douceur dans un monde de brutes permette à tous les mouvements juniors du pays d’ouvrir leur rang aux petites filles. Dirigeants du HCC, si vous me lisez…

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