De livre en livre, balade au pays du souvenir

La lecture, ça demande du temps. Et de l’espace. Parce que les livres, mine de rien, ça prend de la place. Ma bibliothèque débordant de partout, j’ai dû prendre le taureau par les cornes. Comme je suis incapable de me débarrasser du moindre ouvrage, j’ai joué les reines de la bricole. Phase une: trier les livres par taille. Phase deux, les classer par ordre alphabétique d’auteurs[1], toujours par taille. Phase trois: ajouter des rayons aux étagères grâce à l’espace gagné. Du coup, j’ai eu l’occasion rare de me replonger dans mon passé de lectrice et de me rendre compte à quel point certaines lectures m’avaient marquée.

Il y a les auteurs dont vous avez lu une quantité incroyable d’ouvrages. Je possède – et j’ai lu – environ quatre-vingts Stephen King. Certains, comme Simetierre, ont des pages qui s’envolent tellement je les ai usés à force de m’y replonger. D’autres m’ont laissé un souvenir mitigé. Reste que le roi de l’horreur a bercé mon adolescence et a grandement contribué à mon amour de la lecture. Il a aussi souvent réduit mes heures de sommeil à portion congrue, non pas à cause d’horribles cauchemars, mais parce que j’étais incapable d’abandonner ma lecture avant le point final.

Il y a les auteurs dont vous savez pertinemment quel ouvrage vous avez lu en premier. Parce que ce bouquin vous a marqué particulièrement. John Grisham est de ceux-là. J’avais acheté un peu par hasard Non coupable[2]. Cette histoire m’avait tenu en haleine comme jamais un roman judiciaire avant lui. Ni après d’ailleurs. J’ai lu de nombreuses histoires de la plume de Grisham par la suite, mais aucune ne m’a touchée autant. À part A painted house, dont j’ignore le titre français pour l’avoir lu en anglais. La différence, c’est que ce roman n’a rien de judiciaire.

Il y a les auteurs qui vous font tomber amoureuse de leur univers et de leur héros. Ou de leur antihéros en l’occurrence. J’ai rêvé d’être la Julie de Benjamin Malaussène. L’univers créé par Daniel Pennac autour de ce bouc émissaire frère de famille me rappelle à lui régulièrement. Du bonheur des ogres aux Fruits de la passion, je ressens souvent le besoin de me replonger dans cette famille hors du commun et hors du temps. J’ai un peu l’impression d’en faire partie.

Il y a les auteurs qui influencent votre regard sur le monde. Ma perception de l’homosexualité, je la dois à Arminstead Maupin et à ses Chroniques de San Francisco. Des livres où il ne se passe rien ou presque. La chronique de la vie ordinaire dans une ville et une communauté frappée de plein fouet par le sida. Sans que personne comprenne de quoi il s’agit ni quelles en seront les conséquences. Des gens qui s’aiment, se séparent, se retrouvent, travaillent, changent au point de perdre leur repère et leurs amis. Comme de vraies gens, en somme.

Il y a les auteurs qui ne vous accrochent pas. Vous commencez à les lire, mais ils vous ennuient. Ce quatrième de couverture si prometteur vous apparaît comme de la publicité mensongère. Parfois, ce jugement est définitif, parfois vous changez d’avis. J’ai commencé Cent ans de solitude de Gabriel Garcia Marquez à trois reprises et je l’ai abandonné après moins de 20 pages autant de fois. À ma quatrième tentative, je l’ai dévoré en quelques jours. Allez comprendre.

Il y a les auteurs que je ne connais pas encore, qui attendent leur tour, sagement, à la librairie du coin. Ne bougez pas, j’arrive. Après tout, grâce à mes récents rangements, j’ai trois rayons pleins de vide qu’il faudra bien remplir…


[1] Moi, maniaque? Même pas.

[2] À time to kill, traduit plus tard sous le titre Le droit de tuer. Une anecdote en passant, le film qui en est tiré s’intitule Le droit de tuer en Suisse, et Le droit de tuer? en France. Ou quand la ponctuation change fondamentalement la perception d’un titre.

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