Masters of sex : un coup de maître

Une série qui raconte une recherche scientifique, ça n’a rien de particulièrement attirant au premier regard. Le fait que ladite recherche soit consacrée à la sexualité humaine, ça titille un peu la curiosité, évidemment. Pourtant, si cette première saison de Masters of sex m’a autant plu, ça n’a rien à voir avec le côté grivois qui pourrait venir à l’esprit. Parce que ce véritable bijou télévisuel a beaucoup d’autres choses à raconter. Et le fait divinement bien.

Bien sûr, la trame de l’histoire se tisse autour des recherches de William Masters et de Virginia Johnson sur la sexualité humaine. Donc, le sexe est omniprésent dans la plupart des épisodes, ce qui ne fait pour autant de Masters of sex une série érotique, bien au contraire. Parce que l’acte lui-même est montré dans son aspect le plus mécanique, vu par les yeux des scientifiques qui l’observent, et ce n’est pas forcément glamour.

La série commence quand Masters et Johnson se rencontrent. On est à la fin des années 50, dans un hôpital universitaire qui compte probablement autant d’hommes que de femmes. La différence, c’est que les hommes sont médecins, chercheurs, membres de la direction, tandis que les femmes sont secrétaires, infirmières ou patientes. Celles qui font exception font tache dans le paysage, à l’image de la Doctoresse Lillian DePaul. Femme médecin, elle n’appartient à aucun monde. L’univers médical l’ignore, et les femmes s’en méfient, refusant de lui accorder leur confiance.

On vit alors dans un monde dans lequel la place de chacun(e) est clairement définie, même si quelques femmes tentent de faire tomber les barrières. Tout ça se passe à peine 20 ans avant ma naissance, et j’ai pourtant l’impression qu’il s’agit du Moyen-Âge pour ce qui est du droit des femmes.

La série ne fait pas que démontrer la place de la femme dans cette société d’après-guerre. Elle esquisse aussi les contours d’un monde où l’homosexualité est considérée comme une maladie qui se soigne par le corps médical lui-même, fût-il gay. Elle démontre l’ignorance du commun des mortels en matière de sexualité. Je garde en mémoire cette scène du couple marié depuis six mois, qui vient consulter parce que Madame n’est pas encore enceinte, et qui explique le plus sérieusement du monde qu’ils font pourtant ce que la Bible recommande: dormir côte à côte.

Masters of sex est une fresque sociologico-historique qui tient en haleine tout au long de ses douze épisodes. Les personnages sont joués avec finesse et talent. On déteste Bill Masters quand il se comporte comme un goujat. On ne peut que souffrir pour Margaret Scully quand elle cherche à comprendre pourquoi son mari la délaisse, et on s’étonne du temps qu’il lui faut pour comprendre. Reste que pour une série dans laquelle la condition féminine prend une telle place, on a de la peine à admettre que Michael Sheen a été nominé aux Golden Globes tandis que sa partenaire Lizzy Caplan n’a pas eu le même honneur. La série est en course pour le meilleur Drama, une consolation pour Lizzy?

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