Vacances au fil des pages

Les vacances, c’est fait pour voir du pays. Deux semaines de vagabondage autour de l’Islande, ça remplit la tête de souvenirs et d’images. Ça laisse aussi le temps de lire. Le nez dans les pages qu’on ne prend pas toujours le temps de dévorer à la maison.

John Grisham – La revanche

Grisham la revancheJohn Grisham n’est jamais aussi bon que lorsqu’il sort des prétoires. Si La revanche n’a pas délogé La dernière récolte de sa première place de mon classement des ouvrages de l’auteur américain, elle s’en est approchée. Cette revanche, c’est celle de Rick Dockery, un quaterback dont la carrière n’a jamais vraiment décollé, mais qui a réussi à s’écraser quand même. Il rebondit alors en Italie, dont le Super Bowl voit s’affronter huit équipes de joueurs amateurs, d’où le titre original – Playing for pizza.
Le (anti-)héros débarque dans la Botte – à Parme pour être précis – sans n’avoir jamais mis les pieds en Europe. Un Américain gros lourd qui n’a aucune idée d’où il met les pieds. La suite, c’est une découverte décrite avec humour et de nombreux détails. Principal choc culturel: le rapport à la nourriture, élevé au rang d’art. Les menus dégustés par Rick sont décrits avec une telle précision, que l’odeur des pasta semble flotter autour du lecteur. Ça met vraiment l’eau à la bouche.
L’autre choc culturel, c’est bien sûr le rapport au football. L’Italie vibre au rythme du calcio et notre quaterback se retrouve dans des stades aux antipodes de la NFL qu’il a quittée. Quelques centaines de supporters seulement, mais qui font plus de bruits que ceux du Super Bowl. Les phases de jeu du football américain sont décrites avec autant de détails que les plats italiens. Inutile pourtant de connaître la discipline pour prendre plaisir à la lecture. L’écriture de Grisham permet d’appréhender l’importance de la tactique même si les détails restent obscurs.
L’important est ailleurs. Dans le voyage initiatique de Rick, qui au contact du Vieux Continent va remettre sa vie à l’endroit, ou en tout cas dans la bonne direction. Le footballeur professionnel qui rêvait de grandeur, mais qui ne s’est jamais fait mal pour son équipe est entouré de passionnés qui ne jouent que pour l’amour du ballon ovale. Une passion récompensée par des bières et de la pizza tous les vendredis soirs. Une autre vision du sport. Une autre vision de la vie.
Si les romans juridiques de John Grisham ont fini par vous lasser, laissez-lui une chance de vous emmener vers d’autres terres. Il vous donnera peut-être envie de flâner en Italie, entre espresso et pasta, et peut-être même d’aller voir par vous-même ce que donne ce football américain à l’italienne.

Philippe Georget – L’été tous les chats s’ennuient

Il m’a fallu à peine quelques lignes pour être conquise. En fait, l’avertissement au début de l’ouvrage a suffi. Les ressemblances avec des paysages existants ou Georget L'été tous les chatsayant existé ne sont en rien fortuites: elles résultent au contraire d’un total renoncement de mon imagination à concevoir un décor plus approprié et plus beau que celui que j’ai trouvé un jour en Roussillon. Le ton est donné dès ces premières phrases. Philippe Georget nous emmène à la découverte d’une région qu’il adore et qu’il nous fait aimer.
Les personnages, eux, sont fictifs. Et terriblement attachants. Gilles Sebag, le flic qui sert de héros est terriblement humain dans ses questionnements et dans sa relation à sa famille. Ses enfants qui grandissent et s’apprêtent s’envoler du nid. Sa femme qu’il croit être en train de perdre.
L’enquête tourne autour de la disparition d’une jeune Hollandaise, du meurtre d’une autre, et de l’agression d’une troisième. Les indices s’égrainent pour le lecteur comme pour le héros, et on se félicite lorsqu’un détail attire notre attention avant la sienne. Tout se déroule au milieu du décor du Roussillon et dans les rues de Perpignan. On s’y croirait, même en lisant ce livre sur les routes poussiéreuses d’Islande. C’est dire.
Le suspens dure jusqu’à la dernière page, ou presque. On retient son souffle tout au long de cette enquête de trois semaines, pleines de rebondissements inattendus. Un polar pas vraiment noir, mais diablement bien mené. On se prend à souhaiter que Gilles Sebag nous revienne pour de nouvelles aventures.

Anonyme – Le livre sans nom

Étrange bouquin, presque inclassable. Si je n’avais pas été en vacances, avec un choix restreint de lecture sous la main, je ne suis pas certaine que j’aurais terminé ce roman. Le quatrième de couverture promet de l’humour noir à la Tarantino, et il y en a, beaucoup et souvent très drôle, effectivement. L’histoire, par contre. Bof. Il n’y a pas de héros à proprement parler, ni vraiment de personnage principal. Aucun qui ne vive bien longtemps en tout cas.Anonyme le livre sans nom
L’auteur – anonyme – saute du coq à l’âne. Son intrigue est brouillonne. Perdu dans son histoire, j’ai eu l’impression qu’il a introduit des vampires parce qu’il ne savait plus comment se dépêtrer de son nid de guêpes. L’ensemble fait un peu fanfiction de bas étage. L’histoire a d’abord été publiée sur le net, ce qui semble inclure une absence de relecture et de réflexions sur l’intrigue.
Si vous avez pour habitude de vous faire des films en lisant, vous allez vous retrouver en pleine série B – voire Z. C’est gore, avec du sang par hectolitres. Tout le monde y passe, gentils comme méchants. Encore que la ligne entre les deux est assez floue. Les cadavres s’empilent et les morts violentes semblent être le but ultime de l’auteur.
Ni roman noir, ni histoire de vampires, ce livre sans nom est aussi sans saveur. L’absence de personnage central – bon ou mauvais – empêche le lecteur de plonger dans l’histoire. On lit tout ça en spectateur, sans entrer dans la peau de qui que ce soit. Tous meurent trop vite, de toute façon. Les fans des histoires de vampires n’y trouveront pas leur compte non plus. L’auteur n’exploite pas le mythe, tuant ses buveurs de sang à coups de pistolet. Aucune trace de pieu en bois ou d’eau bénite.
Bref, Le livre sans nom est loin d’être une lecture nécessaire. Sauf si vous n’avez rien d’autre à vous mettre sous la pupille.

Anne Rice – La voix des anges

D’Anne Rice, j’ai d’abord, il y a très longtemps, dévoré la Chronique des vampires. Puis, plus tard et en français, j’ai lu les aventures des sorcières Mayfair. À chaque fois, l’auteur nous fait découvrir les merveilles de la Louisiane et de La Nouvelle-Orléans en particulier. Ici, c’est en Italie qu’Anne Rice nous emmène. Pas de vampires ni de sorcières dans La voix des anges, mais des chanteurs aux voix envoûtantes.Anne Rice La voix des anges
Nous suivons le parcours de Guido, castrat qui a perdu sa voix à 18 ans, et Tonio, castré à l’adolescence pour lui voler son héritage. Deux destins liés par la musique et l’amour. Anne Rice plonge son lecteur dans l’Italie du XVIIIe siècle, quand l’opéra est roi et les castrats des idoles qui surpassent les compositeurs qui les font chanter.
Il faudrait lire ce livre en écoutant de la musique. Je n’en ai pas eu le loisir. L’opéra, je l’ai imaginé dans ma tête. Entre deux airs se tissent des histoires d’amour et des histoires de sexe. Quand elle n’écrit pas des histoires fantastiques ou historiques, Anne Rice publie des romans érotiques. Un érotisme qu’on retrouve dans la plupart de ses écrits, et particulièrement dans celui-ci.
À mesure que la voix de Tonio se développe, son intimité grandit aussi. Ces aventures le font devenir plus homme que nombre de ses contemporains non castrés. Au contact des hommes et des femmes qu’il côtoie, c’est son âme qui grandit. Ce voyage au cœur de l’histoire est palpitant de la première à la dernière ligne. Il est envoûtant et passionnant. Comme un air d’opéra.

J’ai aussi commencé la trilogie Bahamas de Maurice Denuzière, dont j’ai adoré – et lu plusieurs fois – la série Louisiane. J’attendrai d’avoir terminé les trois tomes pour décider si j’ai envie d’en parler…

 

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