Ma réponse à Bianca Longpré

[TW fausse-couche, stérilité]  Je me sens rarement agressée à la lecture d’un simple texte. Pourtant, Bianca Longpré, dans son billet posté sur le Huffington Post a réussi à m’atteindre comme peu de gens en sont capables. Son titre est un poing à la gueule, une insulte qui ne pouvait pas rester sans réponse.

Depuis que j’ai lu ce texte, je me remets à pleurer sans raison à tout moment de la journée, comme après chacune de mes fausses-couches. La douleur, presque physique, est revenue. Parce qu’à presque quarante ans, si nous n’avons pas d’enfants, ce n’est plus un choix. Pendant quelques années, nous nous sommes dit que nous avions le temps et quand nous avons décidé que le temps était venu, mon corps n’a rien voulu entendre.

Bien sûr, il y a etool-317111_960_720u la joie du premier test positif. Le réflexe de chaque femme qui découvre porter une vie : compter les mois et s’imaginer ces premières semaines en tête à tête avec la chair de chair. Les balades en poussette. Le temps partagé avec les copines qui sont déjà mamans et qu’on a perdues de vue par la force de la différence qui nous sépare désormais. Puis est venue cette première fausse-couche. Du sang et des larmes. Relativement peu, ceci dit. Parce que la statistique est formelle, c’est une grossesse sur cinq qui se termine prématurément. Rien de grave.

La deuxième fois a été l’exacte copie de la première. Du bonheur, des rêves et du sang. C’est après qu’est survenu le changement. D’abord parce que les statistiques sont formelles. Une fausse-couche, c’est courant. Deux de suite, beaucoup moins. Pour les trois grossesses qui ont suivi, je n’ai plus compté la date de l’accouchement. J’ai vécu avec la peur au ventre, en me demandant combien de temps il faudrait avant que le rêve ne se transforme en cauchemar. Avant que ce bébé que nous souhaitons de toute notre âme ne s’écoule en larmes de sang entre mes cuisses.

A chaque fois, il faut faire face aux tentatives maladroites de vous remonter le moral. La palme du pire revenant à cette phrase assassine si tu y crois vraiment, ça marchera. Sept mots qui vous renvoient tout votre sentiment de culpabilité à la figure. Vous devez aussi vivre avec le fait que vos copines n’osent pas vous dire qu’elles sont enceintes, comme si vous ne pouviez pas être heureuse pour elles. Comme si vous leur souhaitiez de vivre le même enfer que vous.

Quand enfin vous sortez la tête de l’eau,  vous lisez ce ramassis d’idioties qui fait de vous un être égoïste. J’en ai pleuré. J’en pleure encore en écrivant ces mots. Et je la vois venir, cette femme si persuadée d’être supérieure à moi : Vous, ce n’est pas pareil, je m’adresse aux childfree. Qu’elle s’abstienne, ça ne changera rien au fond de ma pensée.

Parce que cette brave dame, dans son billet, estime que si des couples décident de ne pas avoir d’enfants, c’est uniquement pour ne pas avoir à se lever à 4h du matin pour donner un biberon, ou pour ne pas devoir changer des couches-culottes. Je suis sans voix. Si l’autrice croit vraiment à ses arguments, il n’y a pas que son texte qui transpire la bêtise. Il y a des centaines d’excellentes raisons d’avoir des enfants. Il y en a tout autant de mauvaises. C’est aussi vrai pour celles et ceux qui choisissent de ne pas en avoir. Les femmes ne sont pas un utérus sur pattes, et aucune d’entre elles n’a à se justifier.

Quant à l’argument fiscal, il ne tient pas la route. Je paie pour les crèches. Je paie pour les écoles. Je paie pour les prisons qui accueilleront les enfants qui commettront des erreurs. Devrais-je payer moins d’impôt puisque toutes ces infrastructures ne me sont d’aucune utilité ? Il suffit de quatre lignes pour démontrer l’absurdité de cette réflexion.

Reste la question ultime : quel est le comble de l’égoïsme ? Ne pas avoir d’enfants, ou concourir à la surpopulation d’une planète dont l’être humain consomme l’entier des ressources naturelles annuelles en huit mois à peine ?

 

 

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3 commentaires pour Ma réponse à Bianca Longpré

  1. Miss Alfie dit :

    Je t’embrasse fort, Pika, et te remercie pour cet article tellement vrai. Comme tu le dis, 4 lignes suffisent à démontrer l’absurdité de la réflexion. Je m’arrêterai là car démonter un à un les arguments absurdes d’une femme nombrilo-centrée est lui donner bien trop de crédit.

    Aimé par 1 personne

  2. Kantutita - Birds and Bicycles dit :

    Coucou… Je découvre ton blog et ton identité secrète de Pika en lisant ce billet.
    Et je suis désolée d’apprendre tes difficultés, ton billet m’a beaucoup touché.
    Je croise fort les doigts pour vous 2.

    Et je dois avouer que j’ai aussi trouvé le billet sur le Huffington Post affligeant! Se permettre de juger les gens qui font le choix de ne pas avoir d’enfant… c’est très réac non!

    Et puis je voudrais te conseiller un roman d’une Québécoise, qui m’a ému, c’est « 9 mois » d’Anne Bonhomme. Peut-être qu’il te mettra du baume au coeur. (J’en parlais ici…http://www.birdsandbicycles.fr/trois-romans-de-anne-bonhomme)
    Des bisous à toi!

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